Ostéopathie crânienne

Apprendre à percevoir
ce qui n’est pas là

L’ostéopathie crânienne demande à l’étudiant de percevoir sous ses doigts le déplacement des os du crâne au rythme d’un fluide. Ce mouvement n’a jamais été objectivé, et la concordance entre examinateurs palpant un même sujet est très faible[25,20]. Ce dispositif d’apprentissage explique la sincérité des ostéopathes.

Planche anatomique d’un crâne humain vu de profil, les sutures coronale, squameuse et lambdoïde repérées par des légendes.
Les sutures du crâne humain. L’ostéopathie crânienne postule que ces articulations conservent une mobilité perceptible sous les doigts, au rythme d’un « mouvement respiratoire primaire » qui n’a jamais été mis en évidence. Crédit : OpenStax College, via Wikimedia Commons, licence CC BY 3.0

Une perception qui ne peut pas être démentie

La difficulté est d’abord logique. Puisque cette perception n’est vérifiable par aucun instrument, l’étudiant qui ne sent rien ne peut jamais en conclure qu’il n’y a rien à sentir : la seule explication disponible dans ce cadre est qu’il n’a pas encore acquis la finesse de palpation nécessaire. Ne rien percevoir est interprété comme un défaut de l’apprenant, jamais comme une information sur l’objet.

Un dispositif qui ne peut pas échouer

Le dispositif est donc auto-scellé : il ne peut produire aucun résultat négatif. Apprendre revient à faire coïncider ce que l’on rapporte avec ce que le groupe valide. Au terme de cinq ans, le praticien rapporte de bonne foi une perception stable, acquise par entraînement et confirmation collective, et non par contact avec un phénomène mesurable.

Ce qui en découle

Mettre en cause l’honnêteté des ostéopathes est donc à la fois inexact et sans effet : le problème est dans la méthode d’apprentissage, pas dans les personnes. Un ostéopathe qui décrit une perception crânienne rapporte ce qu’il a réellement appris à rapporter. La discussion utile ne porte pas sur sa bonne foi, mais sur ce que cette perception permet de conclure, c’est-à-dire rien qui soit vérifiable en dehors du groupe qui l’enseigne.


Sources citées sur cette page

La numérotation est celle de la bibliographie générale du site, afin qu’une même source porte partout le même numéro.

  1. [20] Guillaud A. et coll., « Reliability of Diagnosis and Clinical Efficacy of Cranial Osteopathy : A Systematic Review » traductionFiabilité du diagnostic et efficacité clinique de l’ostéopathie crânienne : revue systématique. Conclusion : absence de fiabilité diagnostique et absence de preuve d’efficacité clinique. PLOS ONE, revue à comité de lecture · 2016 journals.plos.org ↑ retour à la lecture
  2. [25] L’ostéopathie crânienne : rapport d’évaluation remis au Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes (document PDF) CORTECS, université de Grenoble, pour le CNOMK · octobre 2015, publié en janvier 2016 www.ordremk.fr ↑ retour à la lecture